Crazy N’ouss casse les cases : une BD pour en finir avec les clichés

Le 12 Juin dernier, on a retrouvé Youssra Mahdi – alias Crazy N’ouss – au Point Éphémère à Paris pour fêter en grandes pompes la parution de sa première BD : Attends, je te raconte ! Rempli d’humour et d’autodérision, cet album se veut être, d’après les mots de son autrice, “un petit bout de lumière dans un monde qui s’assombrit”. On a donc voulu rencontrer Youssra et lui tendre notre micro afin de comprendre les secrets de cette bédéiste hyperactive et touche-à-tout.


Je trouve qu’à travers le thème du monde du travail, j’ai pu toucher à plein de sujets différents. Souvent, quand tu définis une personne, t’es un peu en mode : “Tu fais quoi dans la vie ?”. J’avais envie de montrer que tu peux répondre de tellement de manières différentes, et que t’es pas défini par un seul travail. C’est pour ça que, [dans cette BD] je montre que j’aime bien faire plein de trucs. Ça m’a marqué quand je suis allée à mes premiers jours de travail et qu’après on m’a dit que je devais faire ça tous les jours, ma vie. J’étais en mode : “j’ai d’autres choses à faire, moi !”

Le travail c’est aussi un moment marquant dans le passage à l’âge adulte. Souvent c’est vraiment lourd et il n’y a pas de mode d’emploi du monde du travail. Du coup c’est un genre de journal intime de cette partie [de ma vie]. 

En fait, c’était même une porte que je voulais ouvrir. Alors oui, aux personnes concernées par le voile, mais aussi aux femmes de manière générale. Je pars du principe que tous ceux qui lisent la BD peuvent y trouver leur place. J’ai aussi envie de dire à tout le monde : “C’est OK si tu te poses des questions, c’est OK si t’es encore perdu dans ton parcours, c’est OK si tu te cherches encore”. Ce que je dis souvent c’est que, pour moi, c’est un peu le livre “de la Tata que je suis”. J’ai l’impression d’être une Tata qui vous donne des conseils, qui vous dit qu’à la fin de chaque histoire, ça va aller.

C’est pas un livre où on est en train de pleurer ! Je suis plutôt en train de vous dire que j’ai tiré quelque chose de chaque expérience, même quand elle a été mauvaise. Il y a aussi cette idée d’enfoncer des portes, de briser les cases. Si je peux ouvrir une porte à toutes ces femmes, jeunes ou plus âgées, qui portent ou non le voile, ça me fait trop plaisir et ça me fait chaud au cœur. 

Pour une fois, c’est un ouvrage où le personnage principal porte un voile et elle n’est pas sauvée pas un homme blanc !

J’étais un peu bullied (harcelée) quand j’étais enfant mais j’avais [déjà] ce truc à chaque fois de répondre par l’humour. Je me rendais compte que si les gens font une remarque c’est qu’eux-mêmes ont un problème. Du coup je me disais “Oh c’est trop triste pour eux”. Je me suis rendue compte que si je prenais chaque remarque comme une attaque, je ne m’en sortirais pas. Du coup, j’ai décidé de transformer ça et d’en faire une force. 

J’ai une devise qui est “fait de tes différences ta force”. Donc à chaque fois qu’on veut te faire croire que ça c’est ta faiblesse, fais en une force. Comme mon voile par exemple, on a voulu me faire croire que c’était une faiblesse, j’en ai fait une force. Les haters qui disent des choses sur moi, à chaque fois j’en fait une force : aujourd’hui, à chaque fois je leur dis “merci parce que grâce à vous j’ai grave pris en followers, j’ai grave pris en notoriété, j’ai sorti un bouquin et je le dédicace un peu à vous” !

Ouais c’est vrai parce que [j’ai rencontré quelqu’un qui] m’avait dit “je te rends service en te disant que ça ne va pas plaire aux autres”  et moi je me suis dit : “Bon bah c’est peut-être pas aux autres que je veux plaire, c’est à moi avant tout”. Cette BD, je la dédicace surtout à la N’ouss qui avait 6 ans qui voulait faire de la BD et à qui on avait dit “change de rêve”


Trop arabe pour les blanc·he·s, trop blanche pour les arabes, au terme d’une quête identitaire sur laquelle elle nous dit avoir longtemps cheminé, Youssra ne se définit plus : elle savoure la richesse de sa double culture, sans se préoccuper de ce qu’on pensera d’elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle souhaite rappeler à ses lecteur·ices à travers ce premier livre : s’accepter tel que l’on est sans compromis et oser briller malgré l’adversité. 

Pour suivre les aventures de Youssra, retrouves-la sur son Instagram @crazynouss et sur son site web crazynouss.fr.

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