Vous l’avez remarqué, depuis quelque temps, l’accusation de proximité avec la mouvance des « frères musulmans » est de plus en plus récurrente dans les médias et les sphères politiques. La République serait mise en danger par l’infiltration de groupes fréristes influençant les discours et le débat public dans le but d’imposer la « charia » en France.
Les barbares seraient là, tapis dans l’ombre, prêts à bondir à la moindre occasion pour imposer leurs normes régressives au reste de la société.
Mobilisation d’un imaginaire orientaliste
On observe la convocation de concepts mal définis, qui a pour but de faire peur et de marquer les esprits. La vraie signification du terme « charia » est complètement ignorée, inconnue, mais qu’importe car ce terme effraie. Il s’agirait de la « loi islamique », comme s’il n’existait qu’un corpus législatif homogène en islam.
Ces termes reposent sur un imaginaire orientaliste, où le monde musulman est vu comme uniforme et dangereux, le pays du sable et des barbares. Une dynamique raciste soulignée par la mobilisation d’un vocabulaire complotiste, on parle « d’infiltration des frères musulmans ». Les barbares seraient là, tapis dans l’ombre, prêts à bondir à la moindre occasion pour imposer leurs normes régressives au reste de la société.

Construction d’une théorie du complot
On tombe alors dans la théorie du complot, avec la création de la figure de l’ennemi de l’intérieur.
Et comme toute théorie du complot qui se respecte, les sources sont faibles et se contredisent. On le voit bien avec la publication du rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France », qui a marqué un nouvel essor pour cette thématique en abreuvant l’appareil médiatique de ses éléments de langage.
En plus d’être grandement critiqué pour son manque de rigueur scientifique et le profil des personnalités qui en ont dirigé les travaux, il fait état d’une diminution des mouvements fréristes, qui n’ont par ailleurs jamais eu de grande importance en France.

Ainsi, l’utilité d’un tel rapport ne repose pas sur ses résultats mais sur son potentiel propagandiste. Il devient un outil d’endoctrinement, que l’on tord pour instaurer un climat anxiogène et justifier la création de cibles politiques.
Des cibles politiques
Il s’agit de viser tout groupe ou personnalité tentant de dénoncer l’islamophobie structurelle, en particulier le militantisme musulman.
Des organismes, comme l’association féministe Lallab par exemple, ont été injustement visés par ces attaques. C’est aussi le cas du parti politique de la France Insoumise, qui paie son investissement pour les thématiques antiracistes. Ces accusations sont étendues à tout musulman qui s’investirait en politique, même sans porter de revendications progressistes.
À cela, s’ajoute le soupçon d’antisémitisme autour du vote des musulmans, largement partagé dans les médias. Un vote criminalisé, dont la France Insoumise se servirait par clientélisme politique. Lors de l’émission de France info du 5 décembre dernier, Nathalie Saint-Cricq a, par ailleurs, affirmé que certains candidats étaient antisémites par « quête du vote musulman ».
Corbière : « L’antisémitisme est chose sérieuse, il existe dans le pays… »
Saint-Cricq : « Et la quête du vote musulman aussi. »
« … »
Corbière : « Pensez-vous qu’il y a des gens qui sont antisémites pour aller chercher le vote musulman ? »
Saint-Cricq : « Ah oui. »
Là encore, on voit resurgir le spectre raciste qui accuse les musulmans d’être les réels antisémites, comme si c’étaient eux les inventeurs du protocole des Sages de Sion, des pogroms et de la Shoah… on lave un passé antisémite dans un présent islamophobe.
Priver les musulmans de toute expression politique
Ces accusations permettent de délégitimer les voix des musulman·es, on les prive ainsi de toute expression politique.
Si le·la musulman·e s’investit en politique, c’est par « intégrisme », il·elle est frériste. S’il·elle vote, c’est par antisémitisme. S’il·elle ne s’investit ni ne vote, c’est par séparatisme et rigorisme religieux. En d’autres termes, le·la musulman·e est l’ennemi·e de l’intérieur qui corrompt la société par le simple fait de son existence, et toute personne qui prend sa défense le fait uniquement parce qu’elle a été corrompue.
Les théories du complot touchant autrefois les minorités juives ont été recyclées pour cibler une autre minorité. Le judéo-bolchevisme est devenu l’islamo-gauchisme. Le but est clair : protéger un appareil d’État répressif à l’égard des minorités, par le verrouillage des institutions.
